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 #1. [Robertson's] Food for thought.

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MessageSujet: #1. [Robertson's] Food for thought.   Mer 10 Aoû - 20:50


Food for thought


Le tapotement des ongles parfaitement manucurés de Billie sur le bureau résonnaient dans la pièce silencieuse. Ses sourcils roux froncés, la jeune femme examinait avec la plus grande attention la liste des noms présents sur la liste que l’une de ses élèves du club d’art dramatique lui avait envoyée une heure plus tôt. Il s’agissait en réalité du dernier rapport établi par ses fidèles little birds, la brigade de mineurs qu’elle était parvenue à créer sous le nez du Désaccord et qu’elle menait désormais à la baguette, en secret. Malgré la fermeture du lycée pour les vacances d’été, sa brigade lui demeurait fidèle et les élèves lui envoyaient régulièrement des mails afin de lui communiquer leurs rapports. Tout était réglé comme du papier à musique – sans jeu de mots aucun. Au fil des années, Billie avait acquis une certaine expertise en matière de gestion de groupe. Elle n’était pas réputée pour être sévère, mais juste malgré la fermeté dont elle savait parfois faire preuve. En bonne actrice, elle maîtrisait ses émotions sans aucune difficulté et était capable de faire passer un message avec une apparente douceur mais une implicite autorité. Son jeu d’acteur était bien rôdé, et la professeur était à la fois respectée et admirée par ses élèves. Ces derniers savaient pertinemment qu’en travaillant correctement et en nourrissant Billie d’informations capitales sur leurs petits camarades mais également sur les activités notables de Rosecliff, elle saurait leur rendre la pareille lors de leur dernière année à Golden Oak, lorsqu’il faudrait rédiger des lettres de recommandation ou encore appuyer les candidatures auprès des universités sollicitées par les élèves – et ça, bien entendu, Billie ne perdait jamais une occasion de le leur rappeler.

Sous ses yeux, des noms inconnus défilaient : la liste des nouveaux habitants recensés par Emma Valens-Smith, sa dernière recrue en date. Ce n’était pas un document particulièrement important, et la jeune femme aurait pu aisément se le procurer par le biais du Comité, mais Emma insistait pour lui en envoyer une copie mensuelle, et Billie lui en était malgré tout reconnaissante. Chaque mois, donc, le rituel était le même : la jeune femme étudiait les noms avec intérêt, puis les entrait les uns après les autres dans la barre de recherche Google, qui la redirigeait parfois vers un compte Facebook ou Twitter, ou, si elle était plus chanceuse, vers un article de journal sur l’individu en question. Généralement, les recherches de Billie n’étaient pas très concluantes et de toute façon, la plupart des personnes dont les noms étaient inscrits sur les listes n’avaient rien à se reprocher. Rosecliff commençait à se faire une certaine réputation et la majorité des nouveaux arrivants n’étaient pas sans ignorer la politique de la ville. Toutefois, l’exercice n’était pas totalement dénué d’intérêt, surtout lorsque les recherches de Billie sur la toile la conduisait tout droit à un compte MySpace ou une chaîne Youtube utilisée pour la publication en ligne de covers. Dans ce cas-là, elle surlignait le nom de la personne en rouge sur la liste avant de le recopier dans un registre qu’elle tenait. Lorsqu’elle en avait l’occasion, Billie se chargeait même parfois elle-même de surveiller la personne, de près ou de loin.

Ce jour-là, un nom en particulier avait retenu son attention, un nom qui ne lui était pas si inconnu puisque Jake l’avait déjà évoqué au cours de l’une de leurs conversations. Ecaterina Sara Robertson, selon la liste d’Emma, mais c’était sous le pseudo « Cat Robertson » que Billie avait été capable de la retrouver sur la toile. Cette fille-là avait un sacré passif, musicalement parlant. Non seulement elle avait fait partie de deux chorales à Lima, une ville de l’Ohio réputée pour la diversité et l’originalité de ses chorales, mais elle avait également enregistré un disque et s’était même produite sur scène avec ses camarades d’Awesome Voices – un nom qui donnait la nausée à Billie. Au regard de ces informations, il était étonnant qu’une personne comme Ecaterina décide de déménager dans une ville telle que Rosecliff, dont la politique était à des années lumières de celle de Lima… A moins bien sûr, que la jeune femme ait une idée bien précise derrière la tête. Billie haussa un sourcil, de plus en plus intriguée par le profil qui se présentait à elle. D’une part, l’arrivée de cette Cat en ville soulevait de nombreuses questions, d’autre part, si la jeune femme avait véritablement de sombres projets en tête, elle aurait sans doute fait disparaître ses antécédents d’une quelconque manière.

Billie inspira profondément et posa finalement ses mains à plat sur le bureau. Elle venait de prendre une décision : elle irait elle-même se forger sa propre opinion sur cette mystérieuse Ecaterina Sara Robertson, dont le nom ne semblait pas vouloir quitter ses pensées. Après une seconde de réflexion, Billie quitta son bureau et se dirigea vers la cuisine. En ouvrant le frigidaire, elle aperçut l’alibi idéal pour une visite chez cette fameuse Ecaterina, dont l’adresse figurait sur sa liste : un paquet de cookies à réchauffer au four. Malgré sa réputation d’épouse accomplie, la femme du shérif ne l’était pas tant, et pour preuve : elle était très mauvaise cuisinière. Bien entendu Billie était capable de préparer des plats très simples, mais dès qu’il fallait suivre à la lettre une recette un peu plus complexe, il y avait environ soixante-dix pourcents de chance pour que la reine des réunions Tupperware échoue misérablement sa préparation. Billie McLean remerciait donc le ciel tous les jours d’avoir un très bon ami traiteur, et discret de surcroît.

La jeune femme préchauffa son four à la température requise avant de découper les carrés de cookie et de les installer sur une plaque recouverte de papier sulfurisé. En quinze minutes, le tour était joué !  Victorieuse, Billie ressortit les petits gâteaux encore fumant du four et patienta quelques minutes avant de les déposer au fond d’un petit panier. Une fois son alibi prêt, elle attrapa son sac à main dans le hall d’entrée et quitta la maison, qu’elle referma à clé derrière elle. Avec sa jupe droite bleu marine, son chemisier blanc parfaitement repassé et ses cheveux d’un roux flamboyant, Billie avait tout d’une Bree Van de Kamp des banlieues – les rides en moins, Dieu merci. La maison d’Ecaterina ne se situant qu’à environ cent cinquante mètres de chez elle, elle parcourut la distance à pied, son panier de cookies à la main, saluant ses voisins d’un signe de la main et d’un sourire hypocrite à souhait. En arrivant devant le bon numéro, elle s’arrêta un instant et maquilla son visage de son sourire le plus aimable avant de sonner à la porte. Cette dernière s’ouvrit quelques secondes plus tard sur une jeune femme blonde et séduisante qui correspondait aux photos observées par Billie sur le web – si ce n’était qu’elle affichait indubitablement quelques kilos en plus. Peut-être qu’à l’image de ces femmes qui grossissent lorsqu’elles arrêtent la cigarette, Ecaterina avait pris du poids en arrêtant la musique, pensa Billie, obsédée comme toujours par la haine qu’elle nourrissait contre les musiciens. « Bonjour » la salua joyeusement la femme du shérif. « Je m’appelle Billie McLean, je suis l’une de vos voisines. J’ai appris que vous aviez emménagé il y a peu et je souhaitais donc me présenter, et vous offrir ceci » Ajouta-t-elle poliment en désignant le panier de cookies. « C’est une petite tradition dans le quartier, nous sommes comme une grande famille ici vous savez, tout le monde se connaît ». En fait, tout le monde connaissait certainement Billie McLean, mais la réciproque n’était sans doute pas tout à fait exacte. La principale intéressée jugea néanmoins qu’il n’était pas utile de le préciser.
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MessageSujet: Re: #1. [Robertson's] Food for thought.   Mer 10 Aoû - 23:42

« Je ne te sermonne pas, Ecaterina. » Une gifle. Encore plus que son ton grave et moralisateur, la façon dont son père s’adressa à elle au travers la webcam de son ordinateur haut-de-gamme, en utilisant son prénom complet et en insistant sur la toute dernière voyelle, eut l’effet d’une gifle violente sur la blonde. Après s’être recroquevillée sur son tabouret haut, elle fixa la lentille intégrée à son propre écran avec une intensité pleine d’acharnement. Sa colère soudaine fit vaciller la confiance sereine qu’elle avait gardé jusqu’à maintenant, et qui lui avait permis d’affronter les questions de Gabreel : Depuis quand ? Pourquoi tu ne me l’as pas dit plus tôt ? Le bébé est en bonne santé ? Tu ne te sens pas trop seule ? Tu as besoin de quelque chose ? Je pourrais faire le voyage ? Est-ce que – et ici, un silence interminable s’était abattu, accentuant l’insupportable particularité de cette ville maudite – on le connaît ?

Carol avait peut-être lâché le morceau concernant la grossesse de sa belle-fille, elle n’avait pas eu l’indélicatesse de répondre à la question qui contrariait vraiment son époux. Et Ecaterina, même si elle avait levé le voile sur toutes ses interrogations les plus anodines, ne l’avait pas fait non plus. Pour quoi faire ? Pour mettre Tate dans l’embarras, et le ramener à un chapitre dont il avait probablement arraché toutes les pages pour ne jamais avoir à les relire ? Ce n’était pas ce qu’elle souhaitait, absolument pas, et c’était bien pour cette raison qu’elle avait mis un terme à leur liaison, et qu’elle l’avait tenu éloigné, au point de préférer partir pour de bon plutôt que de tendre l’autre joue. Cat soupira, hachurant chaque colonne d’air qu’elle expulsa par le nez, et posa les deux coudes sur le comptoir du petit-déjeuner. Elle cessa aussitôt de fusiller son père du regard, et elle glissa ses mains sous son menton au moment où Carol apparut dans son champ de vision. Le moindre pore de son visage pixelisé – parce qu’en plus d’interdire la musique, la connexion internet de Rosecliff était très mauvaise – suintait la culpabilité. Pourtant, Cat ne lui en voulait pas le moins du monde. D’une certaine façon, c’était un soulagement, et pour elles deux.

Carol avait pris en charge la paperasse administratives relatives à son emménagement à Rosecliff, et avait fait des pieds et des mains en prêchant pour sa paroisse auprès de ses parents, déjà conquis grâce au journal de Pawel qu’ils avaient dévoré dès sa sortie. Une dédicace et une photo plus tard, l’affaire était conclue. Pour ça, Ecaterina ne lui en serait jamais assez reconnaissante. Néanmoins, elle aurait, de façon tout à fait justifiée compte tenu de la situation délicate dans laquelle elle se trouvait, préféré tout simplement s’en tenir à ce qu’elle avait prévu. Un weekend à Toledo, elle en rêvait, et puisqu’elle souhaitait faire les choses dans les règles de l’art, y annoncer l’arrivée d’un bébé à la totalité du clan Robertson, et ce de vive voix, aurait été une joie qu’elle s’était préparée à vivre en suppliant Dorian de l’y rejoindre au cours du mois de juillet. Qu’elle lui paraissait stupide cette scène d’allégresse désormais, car à cet instant précis, elle avait le sentiment d’être prise les mains dans le pot de confiture. Le regard désolé de Carol l’acheva. Une boule se forma au fond de sa gorge, mais elle n’eut pas le temps de la chasser en toussant : on sonna à la porte d’entrée.

« Pardon, je peux vous rappeler plus tard ? Je vais devoir m’en aller. » L’éraflure naturelle de sa voix disparut derrière un aigu inhabituel, en révélant plus sur sa piètre tentative de se défiler face aux larmes qui bordaient ses yeux bleu-vert, et qu’elle refusait de laisser couler devant l’écran de son ordinateur. Carol sembla comprendre plus vite que Gabreel. Elle hocha la tête de façon entendue, tout en lui répondant « Passe une bonne journée, ma chérie. Evie sera là la prochaine fois, on t’aime. » Cat agita les doigts devant sa webcam pour leur dire un au revoir silencieux, et ferma rapidement le clapet de son ordinateur en inspirant une grande bouffée d’air, la bouche ouverte, au lieu de se laisser tenter par les sanglots qui cherchaient à se frayer un chemin au milieu de ses fichues hormones.

Ses cils légèrement maquillés battirent plusieurs fois, comme si elle venait de s’administrer un collyre lacrymal incommodant, et un petit moment, elle ferma les paupières pour mieux reprendre ses esprits.  Les battements de son cœur avaient fait une embardé spectaculaire devant la perche tendue par le carillon de la porte. Pour la forme, elle bougonna, maugréant sur le fait de ne pas pouvoir rester un peu tranquille dans sa propre maison – les habitants de Rosecliff aimaient se présenter à sa porte à l’improviste, visiblement –, mais vraiment, elle remercia intérieurement l’individu qui se présentait devant sa porte. Se sentant plus franche face à ses émotions, elle s’extirpa de son tabouret en arrangeant les mèches effilées de son carré blond. Cat releva les manches de la marinière qu’elle portait ce jour-là, avant de quitter la cuisine pour aller accueillir son invité-surprise.

« Muffins ou cookies ? Qu’importe, je crois que je pourrais me faire à cette tradition. » Un sourire, encore un peu faible, aux lèvres, elle arrêta son regard sur le visage affable de son interlocutrice. Elle appréciait le geste. Elle avait besoin d’un remontant sucré, d’abord, et puis surtout, elle mangeait, littéralement, pour deux maintenant. Le panier de Billie semblait bien rempli, de quoi la faire sourire plus franchement, et satisfaire les besoins de la petite chose fragile qui grossissait dans son ventre « Vous n’allez pas me laisser manger seule, si ? Entrez, et ne faites pas attention au désordre. Ça m’embête de l’admettre, mais je suis un peu débordée. » Cat dégagea le passage devant sa porte d’entrée tout en ouvrant les bras pour lui montrer le chemin. Lorsque Billie entra pour mettre un pied dans son chez elle, elle ferma doucement la porte derrière elle, et lui dit enfin « Je m’appelle Cat. » Pendant qu’elle la débarrassait du panier en osier qu’elle glissa à la pliure de son bras, elle la regarda dans les yeux, et ajouta avec une pointe de malice « Mais si tout le monde se connaît, j’imagine que vous le savez déjà. » Elle marqua une courte pause, avant lâcher un rire innocent, puis de faire un pas pour s’engager dans le hall « Suivez-moi, la cuisine est sur la droite. »


Dernière édition par Cat S. Robertson le Jeu 18 Aoû - 21:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: #1. [Robertson's] Food for thought.   Jeu 11 Aoû - 20:00

Billie McLean avait appris à toujours se méfier des apparences. Son propre don pour la gestion des émotions la poussait à demeurer en permanence sur ses gardes, et à ne jamais trop accorder d’importance à la chaleur d’un sourire ou à la profondeur d’un regard. Elle qui maquillait sans effort ses propre sentiments derrière un masque d’impassibilité enseignait à ses élèves, au lycée comme à l’université, le contrôle et la domination des émotions. L’exercice était bien connu des élèves, car il était devenu une sorte de rituel en répétitions ou avant de monter sur scène. La professeur se postait devant eux, imperturbable, et énonçait des émotions qu’ils devaient alors exprimer. Au fur et à mesure de l’exercice, son débit s’accélérait et les émotions devaient être jouées de plus en plus rapidement, au gré des envies de Billie. Elle n’hésitait jamais à pousser les élèves dans leurs retranchements, les incitant toujours à donner le meilleur d’eux-mêmes. Parfois, elle leur demandait également de deviner les émotions qui passaient sur son propre visage. En apparence, l’exercice ne comportait aucune difficulté ; il suffisait de lire le visage de Billie et de traduire avec des mots les émotions qui y défilaient. Pourtant, les élèves parvenaient rarement à trouver les définitions exactes, et la leçon qu’ils en tiraient était la suivante : sur scène comme dans la vie, il est indispensable de ne jamais se fier aux apparences, car le visage n’est qu’une façade que son propriétaire manipule selon ses désirs. Si ses élèves n’assimilaient pas la leçon, cela signifiait généralement qu’ils n’avaient rien à faire dans son cours d’art dramatique et qu’importe leur amour pour la scène, ils ne parviendraient jamais à percer dans le métier en faisant montre d’une telle naïveté.

Aussi Billie demeurait-elle méfiante, malgré le sourire en apparence amical affiché par Cat Robertson. En étudiant attentivement ses traits, elle décela une pointe de tristesse dans son regard qui, contrairement à ses lèvres, ne souriait pas tout à fait. La rousse enregistra l’information et s’interrogea un instant. L’air de Rosecliff agissait-il déjà sur l’humeur de l’ex-choriste ? Si tel était le cas, l’enquête de Billie serait aussi rapide qu’inutile car il y avait fort à parier que cette Ecaterina ne s’éterniserait pas à Roosevelt Gardens si elle avait le mal du pays. Cat allait-elle retourner à Lima, cette ville que l’on disait être une comédie musicale grandeur nature ? Peut-être, et franchement si la blonde n’était pas capable de passer une journée sans fredonner les paroles de Don’t stop believin’, ce n’était pas une grande perte. Billie ressentait une profonde aversion à l’égard de ces villes qui encourageaient la musique et sa diffusion. C’était précisément à cause de ce genre d’endroits que des incidents comme celui du 7 juillet se produisaient. Billie eut une pensée pour son fils, et serra subrepticement les mâchoires avant de se remettre dans la peau de son personnage, celui de la voisine accueillante qui vient faire connaissance avec une nouvelle arrivante, armée de cookies et d’un sourire avenant.

« Cookies, mais si vous préférez des muffins, je ne vois pas d’inconvénient à vous en apporter la prochaine fois » Lui répondit-elle avec toute l’amabilité du monde. Le contact avec Cat semblait plus naturel que prévu et lorsque cette dernière lui proposa d’entrer afin de profiter des cookies avec elle, Billie fut surprise de constater la facilité avec laquelle Cat lui faisait confiance. Les habitants de Rosecliff étaient rarement aussi accessibles, ou peut-être étaient-ils simplement moins naïfs. En tout cas, Billie n’allait certainement pas passer  à côté de l’opportunité qui lui était offerte par la blonde, à savoir découvrir l’intérieur de sa maison et peut-être récolter quelques indices au passage qui lui permettraient de mieux définir le degré de sincérité de sa propriétaire, ainsi que ses véritables intentions. Aussi acquiesça-t-elle d’un signe de la tête, avant balayer les paroles de Cat d’un signe de la main. « Ah, ne vous inquiétez pas, je ne regarderai pas c’est promis ». Victorieux, le loup entra dans la bergerie. Inutile de le préciser mais Billie n’avait pas la moindre intention de respecter sa promesse. Au contraire, à peine entrée dans la maison, elle parcourut du regard le hall avec un intérêt savamment dissimulé. Contrairement à ce qu’avait annoncé Cat avant de la laisser entrer, l’intérieur semblait plutôt ordonné malgré la présence de quelques cartons dans un coin de la pièce et une liasse de papiers posée sur la console. Billie devina que Cat n’avait pas d’enfants car si tel avait été le cas, elle aurait connu la véritable définition d’une pièce en désordre.

Le regard inquisiteur de la femme du shérif se posa à nouveau sur la propriétaire des lieux, et elle esquissa un sourire à son attention. « Ravie de faire votre connaissance, Cat ». Elle lui tendit le panier en osier rempli de cookies et suivit ses directives en se dirigeant vers la cuisine. « Vous avez raison, je connaissais déjà votre nom, c’est ma voisine qui me l’a appris. Que voulez-vous, les nouvelles circulent vite dans le quartier ». Inutile, à nouveau, de lui préciser qu’elle avait pour la première fois entendu parler d’elle par le biais de Jake Herman-Johnson, et qu’elle avait par la suite découvert son nom entier sur la liste que lui avait envoyée Emma Valens-Smith. Billie arriva dans la cuisine et balaya la pièce du regard, relevant ci et là quelques indices supplémentaires. D’abord, comme elle l’avait déjà deviné, il n’y avait aucun jouet dans la pièce, ce qui confirmait la théorie selon laquelle Cat n’avait pas d’enfants. Ensuite, Billie découvrit deux tabourets devant l’îlot central, mais rien n’indiquait qu’une seconde personne vivait avec sa voisine. En effet, il n’y avait qu’un verre d’eau posé sur l’îlot, et nulle trace masculine dans la pièce qui était d’ailleurs décorée sobrement et avec goût. Jake lui avait dit que Cat vivait seule, et il ne semblait pas lui avoir menti. Enfin, elle n’aperçut ni gamelle d’eau ni litière dans les parages, ce qui signifiait qu’elle n’avait sans doute pas non plus d’animal de compagnie. Billie ne connaissait pas encore sa nouvelle voisine, mais celle-ci semblait assez seule. Elle sonda cette dernière du regard et ses yeux glissèrent naturellement vers son ventre légèrement arrondi. Pas si seule que cela, apparemment, car ayant connu deux maternités, Billie savait reconnaître une grossesse lorsqu’elle en voyait une. Elle ne fit aucun commentaire, ne voulant pas mettre Cat dans l’embarras. Pour le moment, elle avait été accueillie chaleureusement alors autant ne pas ruiner toutes ses chances d’en savoir davantage sur son compte en posant une question maladroite. « Vous avez une très jolie maison ». Elle haussa un sourcil, semblant se remémorer ses précédentes paroles. « Je sais, j’avais dit que je ne regarderais pas mais je n’ai pas pu m’en empêcher... J’espère que vous saurez me pardonner. Vous avez emménagé il y a longtemps ? J’espère que vous vous plaisez ici, à Rosecliff ? ». Et un nouveau sourire, un. Une chose était certaine, Billie ne ménageait pas ses efforts pour rendre crédible son rôle de voisine amicale.
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MessageSujet: Re: #1. [Robertson's] Food for thought.   Ven 12 Aoû - 14:37

Il y avait un je-ne-sais-quoi de profondément intrigant à propos de l’approche des habitants de Rosecliff à l’égard d’Ecaterina qui, dans un passé proche, lui aurait donné des sueurs froides. L’attention que tous lui portaient aurait fait devenir n’importe qui paranoïaque. Mais attention, n’importe qui avec quelque chose à se reprocher : Ecaterina Sara Robertson, l’histoire autour de la petite bosse adorable qui soulignait sa silhouette mise à part, estimait n’avoir rien à craindre des piaillements qui suivaient ses allers et venues sur Madison Grove, et c’était avec un flegme non mimé qu’elle réussissait à relativiser. A vrai dire, si elle donnait l’impression d’être aussi détendue face aux visites impromptues de ses voisins, c’était encore une fois grâce à Alfonso. Puisqu’elle faisait partie de l’équipe des bénévoles des Musiciens Anonymes, qu’elle n’était pas originaire de la ville et que son emménagement était récent, elle avait eu droit à un exposé complet de la situation, très Donald Trump dans l’âme, de Rosecliff. Dieu que c’était compliqué de prendre toute cette histoire au sérieux – ce n’était rien d’autre que le mauvais pitch d’un roman pour la jeunesse ! Mais elle s’y tenait, non sans à chaque fois, laisser échapper un petit sourire moqueur face au ton grave que prenait l’ancien musicien pour lui expliquer les articles de l’arrêté, que n’importe quel avocat digne de ce nom aurait trouvé insensés. En général, c’était à ce moment-là que lui prenait l’envie d’appeler Tate pour lui demander si tout ceci était légal, avant de reposer son téléphone, se souvenant, avec douleur, qu’elle n’était pas supposée entrer en contact avec lui.

Son carnet, qu’elle ne quittait toujours pas, le considérant plus comme son journal de bord, que comme un recueil de toutes ses histoires inachevées, était dorénavant noircie du résumé poétique fait par l’ami de la famille, et des annotations sarcastiques qu’elle s’était échinée à gribouiller en bas de chaque page. De fait, Cat n’était pas sans savoir qu’en ville, il y avait une milice, et que son arrivée à Roosevelt Gardens avait dû susciter un certain intérêt dans leur rang. C’était d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle elle devait faire profil bas à propos de son engagement auprès d’Al, et qu’il s’entêtait à lui apprendre des mensonges tout faits à propos du temps qu’elle passait dans l’arrière-boutique du Vinyl Shop Museum. Inutile de dire que, même si elle prenait tout ça avec désinvolture, Cat croisait les doigts pour ne pas tomber nez-à-nez avec un sbire de ce qui lui apparaissait plus comme une secte d’androïdes, que comme une grande agence de renseignements.

Néanmoins, quand elle y réfléchissait, elle avait fait partie de deux chorales, et sa famille, son frère en particulier, n’était pas étrangère au monde de la musique. Il ne fallait sans doute pas plus pour la placer en bonne tête sur la liste des éléments perturbateurs du coin, car comme lui avait précisé Al, et comme lui confirma Billie sans même le savoir, tout le monde se connaissait ici. Il y avait fort à parier que tout bientôt, l’occupante du #1221 viendrait pimenter les commérages des quadras du coin, en plus d’avoir son portrait punaisé au tableau des cibles potentielles de qu’on appelait le Désaccord. Soudain, ses réflexions lui parurent patentes, et elle comprit que, sous les sourires en biais et les roulements d’yeux accompagnants les instructions d’Al, elle finirait à un moment ou à un autre par prendre la situation un peu trop au sérieux.

« Vous vivez à quel numéro ? Le quartier est immense, j’ai eu du mal à m’y retrouver au début. » C’était si différent du campus de Columbus ; ses voisins étaient silencieux, les pièces de sa maison si grandes…  Mécaniquement, elle sourit à Billie, et l’éclat de ses dents balaya la lueur triste dans ses yeux « Il doit me rester un peu de lait, vous en voulez pour vos cookies ? » Chassant toutes ses pensées en se ranimant sur ses deux pieds, Cat se dirigea vers la cuisine. Panier sous le bras, c’est en tournant la tête pour vérifier si Billie la suivait bien qu’elle remarqua ses œillades pas si discrètes tout autour d’elle. Ecaterina fit semblant de ne rien remarquer, et regarda de nouveau devant elle, un sourcil vivement arqué.

Elle était partagée. Le fait qu’elle soit nouvelle en ville donnait le droit à ses illustres habitants de se poser des questions à son sujet, mais en même temps : n’était-ce pas impoli de s’imposer de cette façon dans l’environnement d’un inconnu ? Ecaterina pinça les lèvres pour y estomper la couleur rose clair de son baume, et en entrant dans la cuisine, déposa le panier de cookies sur l’ilot central. Le compliment de Billie la fit sincèrement sourire, pendant qu’elle enlevait son ordinateur portable de la place qu’elle avait occupée quelques minutes plus tôt « Je n’y suis pour rien, je n’ai fait que poser mes meubles et remplir les étagères. »

Ce n’était pas tout à fait vrai ; aménager cette maison l’avait beaucoup enthousiasmée, mais moins que d’aménager la chambre du bébé – elle s’y attellerait prochainement. Toutefois, d’un signe de tête courtois, elle appuya son propos, et après avoir rangé son ordinateur au-dessus du meuble le moins haut, elle pivota sur elle-même pour aller ouvrir son frigo. Il lui restait du lait, en effet. Sauf qu’elle n’était plus sûre de quand la bouteille datait. La grossesse lui donnait du fil à retordre au niveau de son alimentation, et être écœurée par des choses qu’elle adorait pourtant n’était plus aussi surprenant qu’au début. Le lait faisait partie des petits plaisirs qu’elle avait rayé de sa liste, faisant craindre à son médecin quelques carences, mais la glace au yaourt qu’elle engouffrait chaque fois qu’elle sortait devait bien compenser.

Avec discrétion, elle approcha le bout de son nez de l’ouverture de la bouteille, et bien que l’odeur grasse du liquide la fît grimacer, elle décréta solennellement qu’il était encore bon à consommer. Elle attrapa un grand verre dans la verrière en passant, et rejoignant l’îlot central devant lequel elle allait s’installer, elle répondit à Billie « Ça ne fait qu’un mois, je n’ai pas eu le temps de me rendre compte de… l’ambiance. » Elle glissa une mèche de cheveux derrière son oreille, et se hissa sur le tabouret. Dans un petit éclat de rire, elle ajouta « C’est silencieux, c’est tout ce que je peux vous dire.  C’est différent de là où je vivais avant. Je pense qu’avec le temps, je serais capable de vous dire si c’est bien ou si c’est mal. En attendant… » Elle versa du lait dans le verre et le tendit à Billie en pencha la tête. Ecaterina lui demanda d’une petite voix « Et vous, vous êtes d’ici ? »
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MessageSujet: Re: #1. [Robertson's] Food for thought.   Jeu 25 Aoû - 14:51

Si Billie demeurait sur ses gardes, elle n’en demeurait pas moins rassurée quant au bon déroulement de son enquête. Elle qui s’était introduite avec une facilité déconcertante chez sa nouvelle voisine, dressait une liste mentale des indices qu’elle était parvenue à récolter depuis son arrivée. La naïveté et la spontanéité de Cat lorsqu’elle l’avait laissée pénétrer chez elle, l’absence de bague de fiançailles à son annulaire, son ventre pourtant presque aussi gonflé que sa poitrine, la touche féminine de la décoration - autant d’indices que la femme du shérif mémorisait scrupuleusement alors que son regard balayait les lieux de façon méthodique. Des lieux qui lui semblaient curieusement familiers, et pourtant Billie était certaine de n’avoir jamais mis les pieds au n°1221 de son quartier. Sans doute le caractère avenant de Cat lui facilitait-il la tâche, car la femme du shérif s’était rarement sentie aussi à l’aise dans l’une de ses enquêtes. Avec la libraire, tout lui semblait facile, presque naturel. Le contact, la conversation, la récupération d’indices précieux, et même le respect de son propre rôle. Billie avait certes l’habitude d’obtenir les informations qu’elle désirait, mais rarement avec une telle aisance. Les habitants de Rosecliff éprouvaient parfois une certaine méfiance à l’égard de la femme du shérif, que ce soit en raison de sa forte popularité, de la fonction exercée par son époux ou de son appartenance au Comité. Elle n’avait jamais caché son combat contre la musique, son intégration au Comité était de notoriété publique tout comme l’avait été sa loyauté envers le Désaccord quelques années plus tôt – seule la brigade illégale qu’elle avait formée demeurait bien entendu secrète. Avec Cat, en revanche, l’ardoise contenant son historique était effacée, puisqu’inconnue, et c’était sans doute là la raison de la tournure positive que prenaient les événements.

« Je vis au numéro 1204 » répondit-elle lorsque Cat lui posa la question. « N’hésitez pas, à l’occasion. Ce doit être déstabilisant d’être nouvelle dans un si grand quartier alors si vous avez des questions, je me ferai un plaisir d’y répondre ». Billie s’arrêta à proximité de l’îlot central et resta debout, ne souhaitant pas paraître trop à son aise en s’installant immédiatement sur l’un des tabourets faisant face au meuble. Elle accepta la proposition de Cat, et suivit automatiquement cette dernière après avoir balayé une dernière fois la pièce de son regard clair. Ses yeux s’arrêtèrent sur la courbe arrondie du ventre de sa nouvelle voisine, et elle résista à l’envie de lui poser les questions qui lui brûlaient les lèvres. Sa curiosité n’avait pas à vocation à alimenter les commérages du quartier – Billie laissait volontiers ses chères voisines s’en charger – mais elle n’était pas non plus exclusivement liée à ses recherches. Elle dissimulait en réalité quelque chose de bien plus profond, la plus grande faiblesse de Billie : les enfants. Les siens, en particulier. Les deux fils qu’elle avait perdus le 7 juillet. Barry, son cadet, n’avait pas survécu à l’accident terrible survenu à Rosecliff. Quant à Micky, Billie n’était plus jamais parvenue à l’atteindre. Lorsqu’elle plongeait son regard dans celui de son fils, sa souffrance remontait automatiquement à la surface. Alors elle l’avait envoyé en pension, intentionnellement, persuadée que le fait d’éloigner son fils écarterait également la douleur qui la rongeait. Cela n’avait pas réellement fonctionné, car sa peine était toujours aussi brûlante, même dix ans après l’accident. Ce qui expliquait sans doute la raison pour laquelle elle fixait toujours le ventre de Cat alors que cette dernière lui répondait qu’elle n’avait fait que poser ses meubles dans la maison sans toucher à la décoration de celle-ci.

Tirée de ses rêveries par les mouvements de la jolie blonde, Billie, qui avait cessé de respirer l’espace de plusieurs secondes, expira une longue goulée d’air avant d’esquisser un sourire forcé mais crédible. Un mot capta alors toute l’attention de Billie. Cat avait qualifié Rosecliff de ville « silencieuse ». L’emploi de cet adjectif, en particulier, intéressa la femme du shérif qui plissa légèrement les yeux. La ville était silencieuse, car la diffusion de musique y était formellement interdite, à l’exception des chants de la chorale de Parker Chapel. Aux yeux de Billie, le silence de la ville était une bénédiction, seulement dans la bouche de sa voisine elle n’était pas tout à fait certaine de l’interpréter de cette manière. Elle se contenta de hocher la tête en signe d’acquiescement lorsque Cat ajouta qu’elle ne savait pas encore si le calme de Rosecliff était une bonne ou une mauvaise chose, puis s’installa finalement à ses côtés face à l’îlot central. Cat l’interrogea alors sur sa propre histoire et Billie se prêta volontiers au jeu. Les confidences en amenant d’autres, peut-être que sa voisine se livrerait davantage si elle-même se dévoilait un peu plus. « En effet, je suis née à Rosecliff et j’y ai toujours vécu. J’étais scolarisée à Golden Oak High puis j’ai fait mes études à Jefferson, et maintenant j’enseigne dans ces deux établissements ». Elle porta le verre à ses lèvres et réprima une petite grimace lorsque le liquide glissa sur sa langue. Billie n’avait jamais vraiment aimé le lait, mais elle avait accepté par politesse. « Je n’ai jamais vraiment éprouvé le besoin d’aller voir ailleurs. Je voyage de temps en temps, bien sûr, mais ça ne compte pas. Je me sens bien ici, Rosecliff est ma maison ». Elle reposa le verre de lait sur l’îlot et se tourna vers Cat afin de croiser son regard et analyser sa réaction. « Je parle comme si j’avais déjà quarante ans mais je vous assure que j’en suis encore loin » Ajouta-t-elle avec un sourire. Billie mentionnait rarement son âge, mais c’était l’un de ces sujets qui parvenaient aisément à détendre l’atmosphère lorsqu’une conversation devenait un peu trop sérieuse. « Et vous, vous venez de quelle région ? » Lui demanda-t-elle alors qu’elle connaissait déjà la réponse.
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MessageSujet: Re: #1. [Robertson's] Food for thought.   Sam 27 Aoû - 14:48

« Vous allez bien ? » demanda prudemment Cat en s’apercevant de l’expiration profonde qu’avait prise Billie. Elle lui renvoya un sourire, secouant la tête en s’affairant, telle l’hôtesse parfaite qu’elle s’échinait à être, et passa rapidement aux questions d’usages. Ecaterina était habituée à un autre type de voisinage. L’amabilité de Billie était réconfortante à bien des niveaux, et elle se surprit à reproduire le mimétisme de son interlocutrice. En lui posant des questions, elle s’introduisait dans son intimité, et même si elle n’était pas friande de ce genre de procédé, plutôt secrète dans sa façon d’être, tenir une banale conversation la rendait un peu euphorique. Elle se demanda si les hormones y étaient pour quelque chose, très peu sujette à des modifications inopinées de son humeur – la fois où elle s’était mise à pleurer devant une publicité pour des serviettes périodiques ne comptait pas, n’est-ce pas ?

Alléchée par l’odeur des cookies qu’elle sentait à travers le torchon noué au-dessus du panier, elle décida de s’en emparer, et le faisant glisser jusqu’à elle, elle écouta les réponses données par Billie. Elle était donc enseignante, ce qui lui fit opiner du chef, tandis qu’elle plongeait une main au centre du panier. Elle en retira une cloche transparente, dont le support débordait de cookies qui lui firent envie, et pendant qu’elle les découvrait – le fumet sucré qui s’en dégageait lui donna des frissons jusque dans la nuque –, elle se permit d’intervenir « Quand on se sent bien quelque part, c’est difficile de partir. » avoua-t-elle spontanément, donnant ainsi le net sentiment de savoir de quoi elle parlait.

Au début, Lima ne lui était pas apparue comme la ville de ses rêves. La seule qualité qu’elle lui avait trouvée, c’était qu’elle était située à quelques heures à peine de sa ville natale, Cincinnati, et tout aussi près que de la ville où son père avait migré, Toledo. Elle avait toujours aimé l’Ohio, et même si la petite bourgade que son frère avait choisie pour repartir sur de bonnes bases était bien différente de tout ce qu’elle avait connu auparavant, elle avait fini par adorer vivre dans le coin. A un moment, elle avait déménagé par commodité, travaillant à la bibliothèque de l’Ohio State University, mais la proximité avec Columbus étant moindre, les voyages qu’elle effectuait presque quotidiennement lui permettaient d’à chaque fois redécouvrir des facettes de Lima qu’elle ne connaissait pas. Et puis les gens là-bas l’avait tellement aidée à s’intégrer, qu’à partir du moment où elle avait décidé de s’en aller pour de bon, elle avait ressenti une profonde tristesse. Certains diront qu’elle n’avait pas été forcé de partir, et c’était le cas, cependant Cat savait ce qui était bon pour elle, et prendre de la distance était nécessaire. Pas seulement pour se faire à son nouveau rôle, mais aussi, et surtout, pour se préserver. Quand elle pensait à l’épilogue de son histoire avec Tate, elle ne voulait pas utiliser le terme « rupture ». Pour ça, il aurait fallu qu’il soit un couple, et ils ne l’avaient pas été, jamais. Sauf que tous les symptômes étaient là, et qu’elle n’avait jamais été agile pour se remettre de cette maladie-là. Plus elle faisait le point sur tout ça, plus elle savait qu’elle tiendrait le mauvais rôle et qu’on ne manquerait pas une occasion de la pointer du doigt pour avoir choisi le silence – dans tous les sens du terme. Elle assumerait, quoiqu’il se passe, mais en attendant, elle avait besoin de prendre soin de sa dignité, espérant que quand sa sentence tomberait enfin, ce serait avec la tête haute qu’elle épinglerait sa lettre écarlate à son chemisier. Avec un battement de cils, elle cassa en deux le cookie qu’elle avait pris, quand une réflexion lui traversa l’esprit.

« Ça veut dire que vous avez connu la ville avant l’arrêté municipal ? Le changement a dû être difficile à supporter. Al m’a raconté des choses à propos de la vie avant le 7 juillet. L’ancien Rosecliff qu’il m’a dépeint me fait penser à Lima, c’est de là que je viens. » Elle sourit furtivement, baissant la tête en pensant à sa famille « J’y ai vécu pendant un certain temps. Je suis née à Cincinnati. » précisa-t-elle. Elle engouffra une grosse miette du cookie qu’elle mâchouilla avec appétit, et tout en se dandina sur son assise pour se rasseoir convenablement, elle avala doucement, avant de reprendre « Ça a dû être terrible cet incident. J’ai du mal à me représenter les choses, mais s’ils en sont venus à des mesures aussi radicales, c’est que le bilan des victimes a dû être… énorme. » Elle marqua une pause bienvenue, attaqua l’autre moitié de son cookie, et en profita de fait pour tourner son visage vers Billie qu’elle regarda avec intérêt. McLean, McLean, McLean. Chassant de ses lèvres, et du bout de la langue, une miette de cookie qui s’était nichée à ses commissures, Cat plissa les yeux ; ce nom lui disait quelque chose, et ce fût naturellement qu’elle lui dit « C’est drôle, votre nom me dit quelque chose, quand j’y pense. » Elle pencha la tête, et plus encore, son champ de vision se rétrécit, lui donnant un air de conspiratrice.

La quantité d’informations qu’elle avait reçu de la part d’Al était conséquente, ne la mettant pas à l’abri d’une faille dans sa mémoire pourtant très bonne, d’ordinaire. Son carnet n’était pas loin, tout y était annoté avec soin, mais l’impolitesse du geste la mettrait mal à l’aise, et elle laissa l’idée de côté ; elle accentua sa réflexion, se concentrant avec détermination.
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